18/12/2008

Prix de l'eau : agir est possible

Dans le dernier numéro du magazine de la ville, la majorité municipale UMP tente de justifier le prix de l’eau supporté par les Malouins. La lecture de ce long plaidoyer laisse l’impression qu’il serait impossible de faire mieux. Plusieurs éléments intriguent pourtant.

Rappelons tout d’abord que la ville garde à sa charge le renouvellement du réseau d’eau potable, l’entreprise privée délégataire, Veolia, assurant pour sa part la gestion courante du service (relevé des compteurs, facturation…) et le fonctionnement de l’usine de Lorette. Pour autant, l’essentiel de l’abonnement et du prix du m3 est perçu par Veolia : sur la facture type annuelle, correspondant à une consommation de 120 m3, Veolia perçoit 134,44 € hors taxe et la collectivité 34,16 € hors taxe. La ville, qui assume les dépenses les plus lourdes s’agissant de la distribution d’eau, encaisse moins que l’entreprise délégataire.

La majorité municipale admet par ailleurs que la facture est lourde pour les petits consommateurs, l’essentiel étant constitué par la part fixe, l’abonnement, et non la quantité consommée. Les Malouins ne sont d’ailleurs pas récompensés pour leur comportement citoyen : ils réalisent de plus en plus d’économies d’eau mais voit du coup le prix du m3 augmenté. Ceci serait justifié par la nécessité de faire payer les résidents secondaires, également faibles consommateurs. On passera sur la politique qui a conduit à remplacer les habitants à l’année par des résidents secondaires. Mais la majorité ajoute que « les factures de téléphone et d’électricité fonctionnent sur le même principe ». Certes, mais le prix de l’électricité ou de l’abonnement téléphonique est le même partout en France quelle que soit la situation locale : on compense le coût supérieur du service dans une région par le coût inférieur dans une autre. Ceci n’existe pas pour l’eau.

La majorité UMP déclare enfin ne pas penser que la gestion par une société privée augmente le prix de l’eau. Mais elle n’apporte aucune preuve et se contente de renverser le débat en demandant qu’il lui soit prouvé qu’une autre solution serait moins couteuse. Il est vrai que le maire et sa majorité seraient bien en peine de prouver le bien fondé de leur choix : les contrats de délégation n’ont jamais été remis à plat. Ils ont été reconduits par des avenants successifs au lieu d’être renégociés intégralement à leur échéance. Aucun audit, comme le demande la gauche, n’a jamais été réalisé.

Que faire alors ? Existe-t-il des solutions réalistes ?

A court terme, il faut entreprendre une renégociation du contrat. Casser le contrat en cours obligerait la ville à verser des indemnités à l’entreprise délégataire. Mais la renégociation est possible et a d’ailleurs été menée avec succès par bien d’autres villes. Sous la pression des élus de gauche malouins, le dépôt de garantie avait été supprimé en 1999 par avenant. Il faut maintenir cet effort. Veolia, qui a accumulé 16 milliards d’euros de dettes, ne sera vraisemblablement pas bien disposé. Mais est-ce aux consommateurs d’eau de combler ce passif comme ils ont financé par le passé l’achat par cette entreprise (alors nommée Vivendi) de studios de cinéma aux Etats-Unis ?

A moyen terme se posera la question du renouvellement du contrat. L’échéance est pour 2012. Il faudra alors prendre le temps de comparer le retour à la régie municipale et le maintien de la délégation au privé. Dans l’Ouest, les villes dans lesquelles la gestion de l’eau est municipale (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Vannes, Nantes) offrent un prix au m3 moins élevé qu’ailleurs. La majorité municipale met en avant les compétences et le savoir-faire de l’entreprise que n’auraient pas la ville. C’est oublier qu’en cas de remunicipalisation, la ville « reprendrait » les salariés affectés au service de l’eau. Or ce sont les salariés qui sont les véritables détenteurs du savoir-faire et non le groupe.

A long terme, il faudra réfléchir à une gestion de l’eau à une échelle plus large que la ville ou un syndicat de communes. Que représentent ces petites collectivités face aux mastodontes Veolia, Bouygues et Suez qui se partagent le marché ? Gérer l’eau à l’échelle départementale, régionale ou nationale permettrait aussi d’assurer l’équilibre entre les territoires. Après tout, le prix de l’électricité est le même partout en France.

Michel Crépeau, député-maire PRG de La Rochelle avait dit « Ne privatiser ni la vie (l’eau), ni la mort (les pompes funèbres) ». Les associations de consommateurs ont d’ailleurs dénoncé des dérives dans ces deux secteurs. Les Radicaux de gauche seront vigilants, comme ils l’ont été à Rennes avec leur collègue Verts et UDB. S’il ne faut pas confondre service public et entreprise publique, une comparaison de toutes les options qui nous sont offertes doit être réalisée.

Stéphane Perrin, conseiller municipal PRG de Saint-Malo

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